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Ramadan revient à l’ULB

Guy Verstraeten · Le Soir · 15 février 2008

L'islamologue genevois, interdit de campus l’an dernier, débattra avec Malek Chebel et Youssef Seddik.

L’auditoire Janson, le plus imposant de l’Université libre de Bruxelles, devrait faire le plein ce soir. A l’affiche: une conférence-débat réunissant les islamologues Tariq Ramadan, Malek Chebel et Youssek Seddik.

Trois pointures majeures de la pensée islamique moderne. Qui, pour la première fois côte à côte, apporteront leur contribution au débat sur « L’Islam et les Lumières ». Le tout sur fond de polémique (presque) apaisée.

Coup d’œil dans le rétroviseur: l’an dernier, à pareille époque, les autorités de l’ULB interdisaient au Genevois d’origine égyptienne Tariq Ramadan d’intervenir sur le campus. Motif: selon le recteur, le Cercle des étudiants arabo-européens (CEAE), à l’origine du projet, offrait une tribune pure et simple au controversé Ramadan, sans que les conditions d’un débat contradictoire soient réunies. Ce que le CEAE a toujours nié.

Avec toute la pression que cela impliquait, je voyais mal le recteur refuser un débat cette fois-ci: cela aurait tourné au clash. Quelque part, c’est une victoire pour nous. Mais cela ne veut pas dire que l’opinion de l’ULB ait changé sur Ramadan: il est toujours considéré comme dangereux”, lance Azzedine Hajji, président du CEAE.

Depuis le début, je répète que je suis d’accord pour que se tienne un débat contradictoire avec Tariq Ramadan. Ma position n’a absolument pas changé par rapport à l’an dernier: si on m’avait proposé une conférence de Ramadan, j’aurais dit non”, affirme le recteur de l’ULB, Philippe Vincke, quand on lui demande pourquoi le nom de Tariq Ramadan n’a pas, cette fois-ci, été rayé de l’affiche. Il faut dire qu’entre février 2007 et février 2008, des litres d’eau se sont faufilés sous les ponts de l’ULB.

“L’affaire Ramadan” a ainsi mené à la création des “100 valeurs”, collectif de professeurs, chercheurs et étudiants qui s’opposait à la manière dont la réflexion sur les valeurs de l’ULB – au travers du “Chantier Valeurs”, lancé par Philippe Vincke en 2006 – était menée.

Notre but, en organisant cette conférence-débat prévue de longue date, n’est pas polémique. Mais si on y pense depuis le début, c’est qu’il y a eu un incident regrettable l’an dernier. La libre expression doit être l’un des fondements de notre institution”, explique le sociologue Matéo Alaluf, l’un des membres les plus en vue des “100 valeurs”.

En clair, quand Matéo Alaluf et le politologue Eric Remacle, deux poids lourds du corps professoral de l’ULB, ont débarqué dans le bureau du recteur pour l’informer de leur projet, Philippe Vincke n’a pas émis d’objection. Ce qui passe, aux yeux de certains, pour un renoncement, voire une défaite. Bon nombre de professeurs, mais également d’observateurs extérieurs, s’étaient en effet fortement solidarisés avec la décision du recteur d’interdire de campus un “prêcheur” musulman dans le berceau du libre examen.

A ceux qui pensent cela, je réponds qu’ils ont tort: mon attitude de départ était d’accepter Ramadan dans un débat contradictoire. On ne peut pas se mettre à devenir discriminant”, note Philippe Vincke.

Même message d’apaisement du côté des “100 valeurs” qui, en collaboration avec le fameux Cercle du libre examen (Librex), le CEAE et le Pôle Bernheim ont mis sur pied l’événement de vendredi. “Il ne faut pas voir cette évolution en termes de victoire ou de défaite. Le recteur ne s’est pas opposé cette fois-ci à la venue de Tariq Ramadan, ce qui prouve que l’esprit a changé, qu’il est plus ouvert”, se félicite Matéo Alaluf. Appuyé par Eric Remacle: “C’est l’occasion d’aller de l’avant. Ici, le panel des invités nous semble intéressant pour que le grand public puisse avoir accès au débat sur l’islam et les Lumières”.

Le débat sera animé par l’emblématique Simone Susskind, ce soir, dès 20 heures.

Les organisations juives s’inquiètent

Dans un communiqué, le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) dénonce “la présence à Bruxelles de Tariq Ramadan (...) qui a usé des méthodes de sinistre mémoire en dressant une liste d’intellectuels juifs français, fait la promotion d’un “moratoire” sur la lapidation (...) et appelé au boycott de la Foire du livre de Turin au motif qu’Israël est l’invité d’honneur de la manifestation”.

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