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Pavés de Mémoire: Discours de Gabriel Zimmerman

Bruxelles · 13 mai 2009

Pour la première fois en Belgique, des Pavés de Mémoire ont été posés à Anderlecht, Bruxelles et Schaerbeek à l'initiative de l'Association pour la Mémoire de la Shoah. Les Pavés de Mémoire sont des petits cubes de laiton placés par l'artiste allemand Gunter Demnig en mémoire des victimes du nazisme, devant les maisons où elles ont habité avant d'être déportées pour être assassinées.

A Anderlecht, les Pavés de Mémoire en souvenir de Berek Swiatlowski et Pesah Swiatlowski-Koronczyk ont été posés devant la maison située 47 rue Jorez. A Bruxelles, le Pavé de Mémoire en souvenir de Itzic Jancou - dit Jacques - Zimmerman a été posé devant la maison située 37 rue du Lavoir. A Schaerbeek, les Pavés de Mémoire en souvenir de Salomon Karolinski et Elisabeth Orcher-Karolinski ont été posés devant la maison située 40 rue Vondel.

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DISCOURS DE GABRIEL ZIMMERMAN, FILS DE ITZIC JANCOU - DIT JACQUES - ZIMMERMAN

Mon père, Itzic Jancou Zimmerman, né à Briceva en 1903 arriva de Bessarabie avec sa jeune sœur Rachel à l’âge de 18 ans pour rejoindre à Bruxelles sa sœur aînée Mathilde et son beau-frère Jankel. C’était l’année 1921.

Dès son arrivée, il chercha du travail et devint ferrailleur et vulcanisateur de pneus de vélos Ajax et Abeille et posséda rapidement un camion.

Il se maria en 1930 avec Basia Saposnik qui était aussi originaire de Bessarabie et ils eurent 3 enfants, Frida, Gabriel et Edouard, et vinrent habiter le 37 rue du Lavoir en 1936.

Je me souviens que le dimanche matin, je partais avec mon père au marché de la place du jeu de balle pour vendre des accessoires de vélos et je le regardais remettre en état des vélos avec des pièces qu’il récupérait en ferraille.

J’avais à cette époque plus ou moins 10 ans et mon bonheur était de l’aider à vendre aussi des accessoires de radio TSF, lampes radio condensateur et pièces de résistances. J’étais heureux de pouvoir monter sur son dépôt de ferrailles et de pneus.

Il faisait aussi à l’époque des photos avec un appareil sur pied.

Mais bientôt, les nazis et les inciviques mirent fin à mes rêves d’enfant.

Par ordonnance anti-juive du 31 mai 1941, les commerçants juifs se voyaient interdire toute activité commerciale ou activité économique à leur compte. Ce fut l’époque où mon papa fut sollicité par l’organisation Todt de l’armée allemande afin qu’il travaille en vulcanisation pour elle. Il refusa net. Il dut céder son affaire et son camion à un tiers.

Dès l’été 1942, au cours d’une rafle ici même, mon père et ma mère se cachèrent avec nous dans un puits asséché au fond de la cour. Nous y restâmes toute une nuit, et nous fument ainsi sauvés alors que les Allemands qui avaient investi l’appartement ne nous y trouvèrent pas.

La Baronne Vander Elst, ayant la responsabilité rue des Tanneurs de l’Entraide des Travailleuses nous plaça , mon frère , ma sœur et moi chez des particuliers. C’est ainsi que je fut placé le 14 novembre 1942 successivement chez les sœurs Madeleine et Marcelle De Meulemeester à Boitsfort (je suis toujours en contact avec Marcelle qui a 97 ans actuellement) et dans le château du Baron Louis Empain.

En 1944, mon père et ma mère furent dénoncés pour 500 francs et amenés par les rexistes à la Brigade Z à la place Rouppe où ils furent torturés. Ils étaient en possession tous les deux de faux papiers d’identité et mon père portait sur lui la carte d’identité de René Cliquet de Liège.

Emmenés à la Gestapo de l’avenue Louise, ils y furent torturés mais ne parlèrent pas, maman laissée pour morte fut envoyée à l’hôpital juif à Etterbeek afin qu’à Malines, les futurs déportés ne voient pas dans quelle condition physique elle se trouvait.

Mon père fut déporté de Malines par le XXVème convoi le 19 mai 1944, matricule 494, sa lettre lancée du train et trouvée et postée par un cheminot allemand de la région d’Essen, indiquait qu’il partait pour Auschwitz sans sa femme.

Après la marche de la mort, il arriva a Buchenwald le 10 février 1945, torturé dans l’infirmerie il y mourut le 23 février 1945.

Ma maman et nous ses enfants l’attendîmes en vain durant des années.

PAPA: Je voudrais que tu saches que tu as 3 petits- fils Ishay, le fils de Frida, Serge et Ariel mes fils, et 3 petites- filles, Tali et Mihal les filles de Frida et Yael ma fille et 12 arrière petits-enfants et un arrière arrière petit-fils et bientôt naîtront encore deux arrière arrière petits-enfants.

La vie continue.

Am Israël Haï.

Ton fils Gabriel

 
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