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Pavés de Mémoire: Discours de Yael Zimmerman

Bruxelles · 13 mai 2009

Pour la première fois en Belgique, des Pavés de Mémoire ont été posés à Anderlecht, Bruxelles et Schaerbeek à l'initiative de l'Association pour la Mémoire de la Shoah. Les Pavés de Mémoire sont des petits cubes de laiton placés par l'artiste allemand Gunter Demnig en mémoire des victimes du nazisme, devant les maisons où elles ont habité avant d'être déportées pour être assassinées.

A Anderlecht, les Pavés de Mémoire en souvenir de Berek Swiatlowski et Pesah Swiatlowski-Koronczyk ont été posés devant la maison située 47 rue Jorez. A Bruxelles, le Pavé de Mémoire en souvenir de Itzic Jancou - dit Jacques - Zimmerman a été posé devant la maison située 37 rue du Lavoir. A Schaerbeek, les Pavés de Mémoire en souvenir de Salomon Karolinski et Elisabeth Orcher-Karolinski ont été posés devant la maison située 40 rue Vondel.

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DISCOURS DE YAEL ZIMMERMAN, PETITE-FILLE DE ITZIC JANCOU - DIT JACQUES - ZIMMERMAN ET DE SALOMON KAROLINSKI ET ELISABETH ORCHER-KAROLINSKI

Le 13 mai 1944, il y a 65 ans très exactement, mon grand-père Itzic Jancou, Jacques Zimmerman, fut arrêté à Bruxelles. Il mourra assassiné à Buchenwald neuf mois plus tard. Il avait 42 ans.

Il y a 67 ans, mes grands-parents Elisabeth Orcher-Karolinski et Salomon Karolinski, résistants, furent arrêtés à Bruxelles sur dénonciation le 18 août 1942. Ils mourront assassinés à Auschwitz quelques jours plus tard. Ils avaient 30 et 34 ans.

Nous inaugurons aujourd'hui à Bruxelles les Pavés de Mémoire en souvenir des victimes du nazisme, petits cubes de laiton qui laisseront sur quelques pavés de Belgique, une rare inscription portant des noms d'hommes, de femmes et d'enfants, et parmi eux, ceux des membres de ma famille, infime témoignage de leur trop courte existence, puisqu'ils n'ont pas de tombes.

Je pense à toi, grand-père Jacques, que je n'ai jamais connu si ce n'est à travers les photos de famille, et celle plus particulière couleur sépia, où tu poses, appuyé nonchalamment sur ton appareil photo d'époque. J'essaie d'imaginer derrière ton regard rieur et amusé l'homme et le père que tu étais, le grand-père que tu aurais pu être.

Je pense à vous, Elisabeth et Salomon, que je n'ai jamais connus, si ce n'est à travers les quelques trop rares photos que nous avons de vous. Je vous regarde marchant fièrement dans les rues de Bruxelles, jeunes, insouciants de l'horreur qui allait déferler sur l'Europe et ravager vos vies. Qu'ai-je perdu à ne pas vous avoir connus?

Enfant, je rêvais éveillée que vous reveniez tous, malgré la guerre et la mort, nous libérant ainsi de ce joug terrible, de cette perte indicible, de cette douleur indescriptible qui ronge nos coeurs depuis, ceux de vos enfants et petits-enfants, et dont personne n'ose vraiment parler.

J'imagine ces pavés de laitons dans les rues de Bruxelles, foulés aux pieds de passantes presses et indifférents, et qui représentent pour nous un univers, qui résonnent comme un cri que nous ne pouvons taire, comme une alarme stridente.

Il y a souvent maintes raisons à baisser les bras dans ce monde où la force prévaut ou les intérêts des plus puissants dominent ou les verdicts sont rendus mais la justice n'est pas faite, où la sagesse est trop rarement entendue.

On pourrait se demander, après tant d'années écoulées et de démentis aberrants, pourquoi poursuivre inébranlablement cette marche pour le souvenir et la mémoire.

Toutefois, que seraient nos vies sans cette lutte (qu'elle soit communautaire ou personnelle, qu'elle soit virulente ou silencieuse), pour le maintien de nos valeurs, pour le respect de la vie, pour la dignité des hommes, pour la tolérance d'autrui?

Quel avenir réserve-t-on à nos enfants sans l'enseignement du respect de l'autre et du respect de la vie? Ainsi au fil de l'histoire, des hommes et des femmes courageuses continuent à s'insurger et à refuser des lois insensées et le mal implacable.

Tels furent mes grands-parents: dignes, humains, courageux.

Je ne peux rester indifférente à ce combat car je suis un maillon de cette chaîne.

Se souvenir, c'est intérioriser un message, mais aussi faire le choix de sa voie.

Ce message me parle notamment de courage, d'humanisme, d'intégrité. Ce message me rappelle que rien n'est jamais gagné d'avance, qu'il faut rester constamment en éveil et ne pas renoncer à sa propre vérité tout en restant à l'écoute de l'autre.

Mes parents m'ont transmis ce message non par les mots mais par les actes, et ce n'est pas un hasard si cette première inauguration est celle des Pavés de Mémoire de leurs propres parents.

J'ose espérer que ma vie et mes actes ainsi que l’éducation que je donne aujourd'hui à mes filles en Israël, est à la hauteur de leur message et du vôtre.

Nous ne pouvons malheureusement pas réécrire l'histoire.

Nous nous devons de nous souvenir.

Nous nous devons de laisser des traces, des lettres et des signes.

Un Pavé de Mémoire, si petit soit-il, me permet d'aller à la rencontre de mon histoire.

 
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