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Pavés de Mémoire: Discours de Bella Swiatlowski-Silovy

Anderlecht · 13 mai 2009

Pour la première fois en Belgique, des Pavés de Mémoire ont été posés à Anderlecht, Bruxelles et Schaerbeek à l'initiative de l'Association pour la Mémoire de la Shoah. Les Pavés de Mémoire sont des petits cubes de laiton placés par l'artiste allemand Gunter Demnig en mémoire des victimes du nazisme, devant les maisons où elles ont habité avant d'être déportées pour être assassinées.

A Anderlecht, les Pavés de Mémoire en souvenir de Berek Swiatlowski et Pesah Swiatlowski-Koronczyk ont été posés devant la maison située 47 rue Jorez. A Bruxelles, le Pavé de Mémoire en souvenir de Itzic Jancou - dit Jacques - Zimmerman a été posé devant la maison située 37 rue du Lavoir. A Schaerbeek, les Pavés de Mémoire en souvenir de Salomon Karolinski et Elisabeth Orcher-Karolinski ont été posés devant la maison située 40 rue Vondel.

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DISCOURS DE BELLA SWIATLOWSKI-SILOVY, FILLE DE BEREK SWIATLOWSKI ET PESAH SWIATLOWSKI-KORONCZYK

En route, le 13 septembre 1942
Chère Madame,
Nous vous écrivons dans un wagon en route vers un pays encore peut-être inconnu.
Je vous prierais de bien vouloir surveiller ma maison,mes affaires et surtout ma fille, surtout pour cette chose, je compte sur vous, soignez-la je vous prie comme si c'était votre fille; nous vous serons reconnaissants toujours.
Signé: Swiatlowski

Mon père à écrit en ces termes cette carte postale estampillée: Wespelaar le 15 septembre 1942, jetée du convoi qui les emmenait lui et ma mère. Elle a été adressée à la Maison Verbist, rue Jorez 49, la maison juste à côté de la nôtre.

Mes parents, Berek et Pesah, pris dans la rafle du 12 septembre 1942, emprisonnés à Malines et déportés vers Auschwitz le 15 septembre 1942 par le Xème convoi sous les matricules 453 et 454 n'en sont jamais revenus. Ma mère n'a jamais été enregistrée dans les registres pourtant bien tenus du camp par les nazis. Est-elle morte, et comment, avant d'y arriver? A-t-elle été assassinée avant l'entrée du camp? C'est une question qui me taraude depuis toujours. Elle avait 29 ans.

Mon père, lui, figure dans ce fameux registre. Le 25 février 1943 est sa date officielle de décès. Comment a-t-il vécu ces quelques mois? Il avait 38 ans.

Tous les deux ont été assassinés comme les 26.000 juifs de Belgique par la barbarie allemande.

Il y a 3 ans, en allant à Berlin pour voir le Musée Juif érigé par l'architecte Liebeskind et le Mémorial à l'Holocauste, j'ai découvert ces Pavés de Mémoire encastrés dans les trottoirs devant les maisons des juifs déportés et assassinés. Et j'ai voulu faire la même chose ici devant la maison où vécurent mes parents avec moi. Avec le précieux concours d'Eric Picard, de l'Association pour la Mémoire, et après un an de travail, l'idée se concrétise aujourd'hui.

Si je puis être ici, avec vous, c'est grâce à Pierre et Marie-Louise Verbist qui on répondu avec générosité à la prière de mon père. Pierre travaillait dans l'imprimerie familiale ici juste à côté du 47. Il habitait avec sa famille rue Jules Broeren, également à Anderlecht. A l'époque c'était encore la campagne .

J'ai passé toute la guerre chez Maman Loulou et Papa Pierre comme je les ai nommés jusqu'à leur décès. Ma cousine Fanny a aussi été accueillie chez eux et est restée avec moi jusqu'à son départ en Suisse avec ses parents. Le fils André Verbist de 10 ans mon aîné me nomme encore sa petite soeur. Je regrette son absence aujourd'hui mais sa santé le bloque à la maison.

Merci à eux, à André et mon affection à Nadia et Brigitte ses filles et petites-filles de mes sauveurs. Merci d'être venue, d'être présente ici Nadia, à mes côtés. Marie-Louise et Pierre Verbist ont été décorés de l'Ordre des Justes parmi les Nations, titre d'honneur accordé par l'Etat d'Israël à ceux qui ont sauvé des Juifs au risque de leur vie pendant la 2ème guerre mondiale.

Je remercie également le Bourgmestre d'Anderlecht Monsieur Gaëtan Van Goidsenhoven et toute l'Administration communale d'avoir pemis de mener à bien cette initiative et la cérémonie et tout particulièrement Monsieur Mustapha Akouz pour l'accueil très positif dès la première entrevue.

Merci aussi à Eric Picard pour le travail accompli, sa ténacité à surmonter les difficultés très nombreuses tout au long de cette année de travail. Je n'oublie certes pas l'Association pour la Mémoire de la Shoah.Merci! Rien ne fut facile.

A vous tous qui êtes venus ici, tout simplement merci de m'assister et d'honorer ainsi mes parents.

Encore un mot: je demande à ceux qui peuplent ce quartier, qui en fait était le mien, le nôtre, nous émmigrés de l'époque, avant cette tragédie, ce génocide, l'assassinat de mes parents, de nos familles, de notre Communauté, d'être les protecteurs de ces Pavés de Mémoire, afin que les passants puissent se poser la question: qui, quoi, comment, pourquoi ces Stolperstein? Stolperstein, cela signifie: pierre d'achoppement, c'est-à-dire sur lesquelles on pourrait trébucher et réfléchir... Comme mon père, comme ma mère, je vous en serais toujours reconnaissante!

Et je termine ici en disant à Bernard mon fils, notre vie a été difficile, l'héritage lourd. En effet comment supporter une mère orpheline de père et mère assassinés et ensuite être privé lui aussi d'un père et d'une soeur? Aurais-je pû faire mieux? C'est une grande question. Mais nous avons “tenu” à deux! Une chose est sûre: je t'aime Bernard!

 
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